dimanche 11 septembre 2011

Culture et banlieue

Les banlieues occupent aujourd'hui une place importante dans les médias. Elles sont associées aux problématiques sociales (chômage, insécurité) et paraissent être le laboratoire des échecs de notre société. En même temps, les banlieues symbolisent le monde moderne, la jeunesse, l'homme universel comme le consommateur ordinaire. Le banlieusard est le modèle et la cible de la société de consommation, parallèlement à la clientèle fortunée. La banlieue représente également une exception culturelle post-moderne alternative à la culture académique classique. La culture des banlieues reflète son identité ambigüe : territoire rude, voire violent, mais espace dynamique porteur d'avenir et de revendications.



Si l'on veut caractériser la culture des banlieues, on peut partir du principe qu'elle naît d'un contexte de pénurie. Les moyens matériels et financiers manquent et cela se répercute dans les matériaux et les techniques utilisés, comme dans le statut précaire des artistes. La culture des banlieues se constitue également à partir d'une éducation élémentaire, par rapport au savoir officiel et scolaire, avec des références à la culture de masse, au parler de la rue et aux préoccupations concrètes. Le matériel est souvent bon marché, fortement automatisé dans le cas de l'électro. Les structures esthétiques restent simples, le savoir-faire réduit et l'amateurisme affiché. Car la simplicité, loin d'être dissimulée, est érigée en code esthétique. Quant au contenu, il oscille entre le nihilisme désabusé et la révolte générale. Les figures sont celles de la victime mais aussi du héros, de la force et de l'ivresse. De manière générale, la culture des banlieues est une culture de l'immédiateté, de la vitesse ; tandis que la culture bourgeoise est celle de la patience et traduit une plus grande confiance en l'avenir.



La banlieue nourrit abondamment les médias mais d'une manière qui lui échappe. En même temps, la banlieue se nourrit des médias, recevant d'eux une image contrastée d'elle-même, la seule image qu'elle puisse recevoir tant elle se trouve enclavée. La banlieue est sur les plateaux télévisés pour représenter la jeunesse, la liberté de ceux qui n'ont rien à perdre, la pure puissance et la force dionysiaque. Elle fournit l'image du syncrétisme culturel et de la culture cosmopolite. La banlieue ainsi valorisée, après avoir été traînée dans la boue par les informations, inspire confiance et simule un dialogue social réussi. La banlieue elle-même reçoit cette image anxiolytique comme un signe d'apaisement et de reconnaissance.



La banlieue est donc le lieu d'une culture de réaction contre les modèles dominants. Mais cette réaction est en même temps recyclée et même caricaturée en bien ou en mal par les médias généraux. Cependant, la banlieue trouve à s'exprimer de manière plus complexe dans un champ plus large à travers les rues, les événements, les revue, les galeries. Il importe alors de faire en sorte que l'essence protéiforme de cette culture puisse trouver une écoute attentive et ne se laisse pas enfermer dans les stéréotypes.

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Qui êtes-vous ?

Je suis professeur de philosophie à l'Ecole de design et à Lisaa à Nantes, dirige la revue de philosophie et de technique Tiroir et préside l'association Ouvroir d'Urbain Potentiel. Vous pouvez me contacter ici : raphael.edelman@yahoo.fr